Alors que nous venons de décoller depuis 10 mn pour tenter d'établir un record d'altitude pour le Togo, nous franchissons le cap des 1.000 premiers
mètres.
Jean-Claude, mon copilote, note les paramètres de vol 500m par 500m: altitude, taux de montée, heure, température, conso carburant etc... Je donne toutes ces données en temps réel à la radio pour ceux qui nous suivent depuis le sol. Dans le même temps, le Ministre des transports est arrivé et il a embarqué avec les journalistes à bord de l'avion de l'instructeur pilote qui désormais vole autour de nous.
Une ligne nuageuse me force à quitter la verticale aéroport et à me déplacer vers la mer. J'avise un cargo qui a jeté l'ancre et le prends comme point de repère avant de poursuivre ma montée sur sa verticale.
Après 30 mn nous passons 2500 mètres et le froid commence à être mordant (la température diminue de 2°C tous les 1000 pieds/300m). Je demande à Jean-Claude de prendre les commandes pour enfiler des gants, il préfère prendre le temps de mettre les siens et décide de faire une série de photos.
Avec ses gants, il n'arrive pas à appuyer sur le déclencheur. Pendant ce temps, j'ai froid, mais mon copilote est perdu dans ses prises de vue. Il faudra bien 5mn avant qu'il ne consente à prendre les commandes. Il était temps! Mon avion escorte m'a perdu de vue, il tourne en vain à ma recherche et je commence à m'inquiéter du risque de collision.
Finie l'euphorie du départ, le taux de montée est tombé à 165 pieds/mn (50m/mn) et il ne cesse de chuter faute de portance. A la radio on m'informe q'un autre avion vient de décoller pour nous rejoindre... Il ne nous trouvera jamais, nous sommes trop haut et perdus dans l'immensité du ciel. A 3300m, l'altimètre tombe en panne en raison du froid combiné à l'humidité. Puis c'est au tour du stylo de Jean-Claude de rendre l'âme. Pour l'altimètre nous avions prévu le coup et pris un second appareil que nous avion scotché sur le devant de l'ULM.
Une heure de vol, nous passons le niveau 114 avec un taux de montée ridicule de 75 pieds/22,5m/mn. Seule la volonté de réussir nous mène lentement vers le sommet. La raréfaction de l'air rend la respiration difficile. Nous avons mal à la tête et nos oreilles bourdonnent. Le plus gênant reste malgré tout le froid. Lima November, l'avion escorte, nous a enfin retrouvé et ne nous lâche plus. Claude, son pilote, est enthousiaste et nous encourage à continuer. Le spectacle autour de nous est maginifique. Au-dessus de nos têtes, le ciel est d'un bleu très intense, sous nos pieds Lomé apparait comme un modèle réduit. Quelques nuages s'étirent en longs filaments immaculés qui parfois nous enveloppent de leurs voiles arachnéens.
Niveau 120, nous venons de dépasser le plafond maximal de vol des aéronefs légers. En fait, aucun avion de tourisme ne se risque vraiment au-dessus du niveau 100 pour éviter le risque d'hypoxie. Pour nous sur ce petit ULM, c'est enfin le record. Claude et son Cessna 206 veut s'approcher pour nous filmer. L'avion pique droit sur nous et le spectre d'une collision ressurgit. Il vire à trente mètres de nous, présentant son flanc au soleil. Une belle image, vite dissoute par une grosse turbulence. Nous venons de plonger de plusieurs mètres.
Nous décidons de poursuivre malgré la réussite de notre tentative. On vise le niveau 125 avec un taux de montée de 33pieds/10m/mn.Quinze minutes plus tard, nous passons le 125 et crânement, on opte pour le 130. Le cessna a décroché par sécurité, il est redescendu à une altitude de 3000 mètres car son plafond de vol est désormais largement dépassé par l'altitude de l'ULM.
A 12550 pieds, nous décidons d'un commun accord de mettre un terme à notre vol. Afin d'immortaliser notre record, Jean-Claude sort son appareil photo et prend un cliché de l'altimètre. Nous annonçons le début de descente après 1h30 de vol.
Je réduis les gaz à 4500 tours ( contre 6000 en montée ) et prends l'assiette à piquer. J'ai si froid que je ne peux plus tenir les commandes et les passe à Jean-Claude qui, assis, derrière moi ne subit pas l'assaut du vent glacial.
Il faudra 25mn de descente pour nous retrouver à 700 pieds au dessus de la mer. Je reprends les commandes pour l'atterrissage en piste 04. L'ULM touche durement le sol et roule jusqu'au parking de l'aéroclub ou c'est désormais une véritable foule qui nous attend, un large sourire sur les visages. Quelle fierté pour l'avion chiffon d'avoir fait un si joli pied de nez à ses détracteurs et d'avoir ainsi acquis ses lettres de noblesses.
Rendez- vous est pris un de ces jours pour tenter de battre notre propre record.
Eric.Fcd
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